A ma grand-mère
Arpentant au soleil la jetée de Fécamp
Goûtant les frais embruns apportés par le vent
L'écho des galets ronds dans l'écume saphir
Réveille en ma mémoire de troublants souvenirs.
Les petits-enfants rient éclairant d'un sourire
Les visages ridés des heureux grands-parents.
J'observe leur ballet complice et émouvant
Et ne peux retenir le regret d'un soupir.
Je n'ai connu que toi la mère de mon père
Toi qui aurais pu être mon arrière-grand-mère.
Tu étais bien trop vieille pour partager mes jeux
Ou me faire sauter sur tes genoux cagneux.
Je n'ai jamais senti le parfum des gâteaux
Emergeant de ton four nappés de leurs manteaux.
Je ne me souviens pas que tu m'aies lu d'histoires
Les formules magiques exhumées des grimoires.
Mais l'amour ruisselait du tréfonds de ton coeur
Lorsque nous entrions dans ta petite chambre.
Tes mains de paysanne vacillaient de bonheur
Et conservaient leurs joies dans une boîte d'ambre.
Assis à tes côtés nous rattrapions le temps
Tu narrais les instants mille fois racontés
De ta vie d'autrefois dans la ferme et les champs
Petites anecdotes t'emplissant de gaieté.
Tu nous chantais aussi ta chère Normandie
Pays de ton enfance, qui t'a donné la vie
Et nous t'accompagnions, entonnant le refrain
D'une jeunesse enfuie par le dernier train.
Les rides de ton front sont parties sans un bruit.
Tu sembles si sereine mais moi je sais pourquoi.
Un petit coffret d'ambre tu serres dans tes doigts
Pour emporter tes joies aux confins de tes nuits.
Zazou
juin 2008
A ma grand-mère, partie en 1998.
