Le marchand de sommeil
Ce lieu mérite-t-il le nom d'habitation
De foyer, de demeure, d'appart' ou de maison?
De la langue française aucun des synonymes
Ne pourrait qualifier cet endroit aux abîmes.
Seule une ampoule nue jette une lueur pâle
Sur les murs décrépis, défraîchis et humides.
Des gouttelettes suintent en grosses flaques sales
Dans lesquelles macèrent des poussières sordides.
Les conduits électriques se croisent en entrelacs.
Quelle araignée tissa cette toile grotesque?
Des fils déguenillés laissent entrevoir l'éclat
Des cuivres se tordant en dangereuses fresques.
Ce taudis minuscule ne saurait accueillir
Le moindre être vivant, humain ou animal
Et pourtant un marchand s'empresse de cueillir
La misère des hommes pour un gain maximal.
La toile d'araignée sous une lune ronde
Enflamme violemment cet immondice immonde
Six corps carbonisés sont sortis des décombres
Dont ceux de quatre enfants qui n'étaient que des ombres.
Je déteste ces hommes, ces marchands de sommeil
S'engraissant sur les pauvres tel mercanti abject
Sourds à toute conscience, ne pensant qu'à l'oseille.
Cet esprit dégoûtant d'égoïsme débecte.