L'assommoir
Tu suivis à Paris avec tes deux enfants
Ton amant chapelier, l'infidèle Lantier
Mais sa grande paresse ne pouvait ramener
Pour manger quelques sous sonnants et trébuchants.
Ne sachant supporter vivre dans la misère
Celui-ci te quitta sans aucune manière.
Une blanchisserie te fournit du travail
A la sueur de ton front t'élevas ta marmaille.
Un jour tu rencontras un ouvrier zingueur
Dénuée de passion tu te marias à lui
Faiblesse ou lassitude à l'homme sans saveur
Tu appelas Nana ta fille qui naquit.
Grâce à un forgeron transi d'amour pour toi
D'une blanchisserie tu fus propriétaire
A force de courage la vie devint prospère
Aisance méritée, tu étais comme un roi.
Ton ouvrier zingueur tomba du toit un soir
Il noya son malheur au sein de l'Assommoir
Résolument troqua ses gouttières de zinc
Contre les alambics torturés de ce zinc.
Engluée dans la toile des monstres assoiffés
Tu perdis ton commerce, sombra dans la misère
L'Assommoir emporta Coupeau le mal-aimé
Tu tentas vainement monnayer tes arrières.
Un jour sous l'escalier rue de la Goutte d'Or
Une odeur empuantie longea le corridor
On ne t'avait plus vu, ce fut signe d'alerte
Quand on te retrouva tu étais déjà verte.
Poème tiré du roman d'Emile Zola, livre que j'ai littéralement dévoré tellement la descente aux enfers des personnages et réaliste. Ce que l'on appelle grandeur et décadence.
L’héroïne est Gervaise Macquart, une Provençale originaire de Plassans, qui a suivi son amant le chapelier Auguste Lantier à Paris avec ses deux enfants Claude et Étienne. Très vite, Lantier, paresseux et infidèle, quitte Gervaise, ne supportant pas de vivre dans la misère. La jeune femme devient blanchisseuse et accepte d’épouser Coupeau, un ouvrier-zingueur qu’elle n’aime pas vraiment mais auquel elle finit par céder autant par lassitude que par faiblesse. Ils auront une fille, Nana, héroïne d’un autre roman des Rougon-Macquart.
Gervaise, grâce à son voisin Goujet, un forgeron amoureux d’elle mais qui n’ose avouer son amour, achète une blanchisserie qui lui permet très vite d’acquérir une certaine aisance bien que Coupeau, tombé d’un toit, soit désormais pour elle un fardeau plus qu’une source de revenus.
La situation se détériore de plus en plus avec le retour de Lantier, que Coupeau accepte d’héberger sous son toit et qui redevient l’amant de Gervaise. Coupeau, sobre avant son accident, boit de plus en plus, et Gervaise finit à son tour par sombrer dans l’alcoolisme. De déchéance en déchéance, Gervaise perd son commerce et sombre dans la misère. Après avoir vu mourir Coupeau (dont les crises de delirium tremens sont un des moments forts du roman) à Sainte-Anne, elle finit à la rue où elle tente même de se prostituer avant de s’éteindre elle-même, victime de la faim et de la misère, dans une niche située sous le principal escalier de l’immeuble de la rue de la Goutte-d’Or, autre monstre longuement décrit par Zola dans le roman. Ainsi, après avoir goûté à l’espoir d’une vie heureuse et prospère, Gervaise tombe dans la débauche, dans la fange, scellant d’une façon crue et froide ce roman, parfait spécimen de littérature naturaliste.
Source: Wilkipédia
