Les portraits jaunis
source: http://www.souquieres.org/cantal/cantou2.html
Que me disent ces vieux prisonniers à jamais
De ces papiers jaunis par le temps écoulé ?
Que disent ces visages qui pour l’éternité
Sont fixés au-delà de leur lointain passé ?
J’observe leurs visages tentant de deviner
Tout au fond de leurs yeux les souvenirs éteints
Mémoires oubliées dans les faces ridées
Désirant s’échapper de leurs cadres d’étain.
Je décide soudain d’aller à leur rencontre
Entreprends d’arrêter le cliquetis des montres
Et saisis prestement les mains parcheminées
Qui à travers les ans veulent m’acheminer.
Je me retrouve alors en dedans d’un cantou
Où les flammes de l’âtre lèchent un gros chaudron
Dans lequel frémissent pommes de terre et choux
Qui accompagneront la viande de cochon.
Se partagent la hotte le profane et sacré
Farine et eau bénite, mortiers et vierges blanches
Bougeoirs et crucifix décoré d’une branche.
Les fers à repasser côtoient le bénitier.
Au centre de la pièce le fauteuil de l’aînée
Avec sa chaufferette pour reposer les pieds.
La grand-mère tricote, carde et coud des tricots
Berçant le dernier-né couché dans son berceau.
Le grand-père s’occupe, assis au coffre à sel.
Il tresse patiemment des corbeilles d’osier
Faisant l’admiration des p’tites demoiselles
Arborant fièrement leurs modestes paniers.
Au plus fort de la neige, l’heure de la veillée
Amène les amis pour parler et conter
Des brouilles villageoises pour l’eau du ruisseau
Des chicanes sur les bornages communaux.
Nulle conversation n’empêche le travail.
Femmes à la quenouille tricotent des chaussettes.
Hommes cassent des noix ou torsadent la paille.
Mais les convives rient des farces et sornettes.
Le temps passe et minuit surprend les invités.
Jambon et saucissons décrochés du plafond
Soupes et pains de seigle complètent les rations
Les châtaignes grillées terminent le dîner.
Par un peu de vin rouge, le repas arrosé
La compagnie en liesse fredonne un petit air
Puis regagne son antre s’enfonçant dans l’hiver
Avide de trouver ses édredons douillets.
Par delà les époques me voilà transportée
Des années mille neuf cents jusqu’à mon quotidien
Complice maintenant des portraits surannés
Qui m’ont fait découvrir la vie de nos anciens.
zazou
septembre 2008
